Maxime – Soudeur – Agressé par un drogué – Il décide de prendre sa sécurité en main

Avertissement : Ce fait divers est inspiré d’une agression survenue à l’un de nos stagiaires. Nous nous sommes longtemps entretenus avec lui, les faits incriminés sont très graves. Tous les détails et réflexions sont véridiques ou inspirés de son témoignage. Nous le remercions. Son récit nous a permis de mieux appréhender la situation d’insécurité en France, et d’élaborer des ateliers et des procédures qui répondent aux particularités et aux besoins des citoyens français.

L’objectif de ce récit est de sensibiliser le pratiquant de tir de combat à un type de scénario dans lequel il serait amené à utiliser son arme. Vous retrouverez ici des éléments récurrents d’une agression :

– L’agresseur est sous l’emprise de stupéfiant, il est dans un état second, ses réactions sont imprévisibles.

– La victime respecte scrupuleusement la loi, mais elle appréhende la rencontre avec son agresseur de façon erronée. Elle s’imagine avoir affaire un homme rationnel comme lui, qui respectera la loi comme lui.

Ce contraste  entre sauvagerie de l’agresseur et naïveté de la victime est souvent commun à toutes les agressions violentes. Dans la rue, tout est possible, et l’agresseur ne respectera aucune règle. Dans un souci d’exactitude (et non d’incitation à la haine), nous ne cacherons pas l’origine communautaire de l’agresseur. C’est une pratique de dissimulation courante chez les journalistes français, mais dans une démarche de vérité et de réalisme, nous estimons que le dissimuler au public serait un acte lâche et malveillant. Nous rappelons que contrairement à la plupart de nos concurrents, Hussard est une entreprise privée qui ne dépend pas de l’Etat français, ne reçoit pas d’aide ou de passe-droit de l’Etat. Notre seul soutien est celui de nos clients, et nous ne sommes tenus par aucun devoir de réserve.  Notre seul et unique impératif est de fournir un enseignement de haute qualité qui réponde à vos besoins.

Bonne lecture,

 

 

 

 

Montpellier, 10 Août 2019, Maxime finit tard ce soir, il est 21 heure. Il est pressé de rejoindre Sandra sa compagne, mais il ne veut pas enfreindre la nouvelle limitation de vitesse de 80 km/h. Les nouveaux radars tourelle Mesta Fusion 2 dernière génération ont été installés de façon stratégique sur cette  portion de la route.  Leurs antennes tracker multi-cible peuvent scanner simultanément jusqu’à 126  véhicules en même temps sur un périmètre de plus de 100 mètres. Des  collègues à lui du boulot se sont fait flashés (sans même le savoir, le est flash invisible) pour à peine 3 km/h au dessus de la limite.

Maxime est soudeur. Il a commencé très tôt comme apprenti avec un contrat en alternance à 17 ans. Apprendre de la théorie abstraite sans aucune application pratique, ce n’était pas pour lui. Il voulait résoudre des problèmes concrets. C’est un technicien. Au fil des années, il s’est orienté vers l’industrie extractive. Son deuxième objectif était de voyager, il voulait découvrir le monde. Son métier l’a emmené aux quatre coins du globe. Il a travaillé sur les gazoducs de Gazprom en Sibérie, mais aussi sur le gazoduc Urucu-Manaus au Brésil. Il a travaillé à la maintenance du « Pedro Duran Farell » au Maroc, et à l’exploitation du  gazoduc Trans Adriatic en Albanie.

 

Maxime dans le poste de contrôle d’un rig de forage

 

Ce type d’expérience à l’étranger, à partager le quotidien des locaux, isolé, loin des touristes occidentaux, lui permet aujourd’hui de porter un regard différent sur la France et sur ses compatriotes. Un regard plus objectif, sans le filtre déformant des médias. Un regard sans à priori. Au cours de ses missions à l’étranger, Maxime a été en contact avec la misère réelle. Il a été témoin de scènes d’émeutes extrêmement violentes en Afrique ou au Brésil. En revanche, ce qui lui est arrivé ce soir, jamais il ne s’y était préparé.

Roger, un ami soudeur qu’il avait rencontré au Maroc, un vieux qui a de la bouteille l’avait pourtant  prévenu: « petit gars, j’ai bourlingué aux quatre coins du globe, et je t’le dis, c’est en France que  j’ai senti le danger comme jamais ! La ville où j’ai eu le plus peur pour ma vie, c’était à Bordeaux, dans la cité de  Castion la Bataille ! Pas Casablanca, pas Rio do Janeiro oui, Bordeaux ! La France est devenue pire qu’un pays du tiers monde,  je t’le dis ! Car en France, les voyous ne rencontrent aucune résistance, 40 ans de socialisme, d’antiracisme institutionnalisé, et d’immigration, c’est ça qui a tué la France ! »

Les mots de Roger résonnent dans la tête de Maxime quand Il aperçoit dans son rétroviseur intérieur les appels de phare d’un conducteur. L’inconnu lui klaxonne dessus. Maxime ne comprend pas le sens de cet appel. Il n’a pas le droit de se déporter sur la chaussée à droite ou sur la voie opposée de gauche, c’eût été très dangereux en pleine nuit. s’il veut le dépasser, il n’a qu’à attendre le prochain dédoublement de voie, d’autant pus que Maxime roule au maximum de la vitesse autorisée.

Mais le chauffard ne se calme pas, Il rétrograde pour gagner en couple, il fait gronder son moteur, et lui fonce derrière comme pour l’emboutir, puis il pile juste avant le contact. Il répétera ce manège des dizaines de fois pour l’intimider et lui donner l’ordre de se rabattre. « C’est quoi ce malade ! » se demande Maxime. Sa conduite devient de plus en plus nerveuse et insistante. S’apercevant que Maxime ne céderait pas à ses manœuvres d’intimidation, le chauffard décide de décrocher, il entreprend un dépassement extrêmement dangereux en coupant la ligne continue à gauche alors que la visibilité sur la voie d’en face est limitée. Lors du dépassement, il aperçoit le véhicule, une BMW serie 3 GT, noire, la 6eme génération, fenêtres teintées. Il la connaît bien, il a bien étudié sa cote et guetté les occasions sur la centrale, mais il avait préféré se rabattre sur la 5eme génération d’avant 2011, car il s’était déjà assez endetté pour acheter un appartement. La BMW lancée a toute vitesse le dépasse, et non content de faire prendre des risques considérables aux usagers de la route venant d’en face, il se rabat violemment sur lui en queue-de-poisson. Il y a eu contact, le chauffard a percuté son phare gauche.

« Mais c’est quoi ce taré ! »  Maxime klaxonne, fait des appelles de phare et déporte son véhicule sur un terre-plein non loin du Super U. Il est aux abords du quartier de la Croix d’Argent. Il constate les dégâts sur son véhicule, quand il entend un bruit au loin. C’est le chauffard en BMW qui rapplique à tout vitesse, le 6 cylindres bi-turbo à 306 chevaux tourne à plein régime. Très bien se dit-il, on va pourvoir s’expliquer. Les pneus crissent et le véhicule du mystérieux voyou s’immobilise. Il fait nuit et le terre-plein est mal éclairé , il ne le perçoit pas distinctement quand il ouvre la portière. La première chose qui le frappe, ce sont ses hurlements. Des hurlements comme ça, jamais il en avait entendu de pareils dans sa vie. C’était des cris de colère, mais pas une colère que vous ou moi pouvons avoir après avoir perdu à un jeu, ou un pari, non. Ces cris-là étaient incontrôlés, c’était ceux d’une bête. La voix de l’inconnu avait une forte amplitude, la tonalité n’était pas stable, elle oscillait entre des graves caverneux et des couinements, comme si une légion l’habitait. Il parlait de façon saccadée, très fort. L’étranger avait avec un accent du sud, teinté d’espagnol. Il ne s’agissait pas d’un accent pittoresque, avec un charme latin, non, on aurait dit une autre langue que le français, c’était incompréhensible. Maxime discernait finalement quelques mots. « Je vais te tuer ! Viens ici, je vais t’ouvrir le ventre ! Je vais t’ouvrir le ventre je te dis ! «  hurlait-il en apnée, sans prendre le temps de respirer entre chacune de ses menaces. C’était comme s’il auto-entretenait sa rage, comme s’il se laissait emporter par ses propres cris, par sa propre force d’inertie, pour générer encore plus de haine. Plus il hurlait fort, plus il devenait hystérique. 

Maxime pouvait maintenant voir distinctement son agresseur. Il portait un short de foot nike, des tongs, un t-shirt blanc, un style très commun, vulgaire et débraillé, à l’image de son français. 1m80, légèrement en surpoids. C’était un gitan des plus communs. Ce qui était moins commun en revanche, c’était la gigantesque lame renversée de 31 cm qu’il tenait à la main droite, « Ce malade roule avec un couteau de boucher à portée de main dans sa voiture ? Mais c’est quoi ce délire ? » Même au Brésil il n’avait jamais vu ça. Ce qui frappa Maxime aussi, c’était son visage. Il était rouge, et de la salive dégoulinait de sa bouche. Visiblement, Il ne contrôlait pas ses fluides, il avait du prendre de la drogue, probablement une drogue synthétique, ou de la coke mélangée à de l’alcool. Des plaques rouges d’irritation recouvraient sa peau sèche, il semblait en mauvaise santé. Ses yeux étaient fixes, inexpressifs, ses pupilles dilatées. Ses yeux grands ouverts ne clignaient pas, ce qui contrastait avec ses hurlements primitifs. L’effet était saisissant.

 

Nous n’insisterons jamais assez sur l’extrême dangerosité des couteaux et autres machettes qui semble être sous estimée par le grand public, et fait plus alarmant, par les magistrats français.

 

Quand le forcené criait « je vais te tuer », il sentait qu’il avait vraiment la volonté de le tuer. L’individu en face de lui n’avait pas de limite. Maxime avait l’impression qu’il était habité par une sorte de démon, et que rien ne l’arrêterait. Dans les téléfilms français, les gitans sont accueillants, souriants. Ils jouent de la guitare, ou ils  chantent des chansons Rnb comme Kendji Girac. Mais Maxime n’avait jamais entendu parler de gitans armés de couteau de boucher sous drogue dure.

Les journalistes parlent de « déséquilibré » pour dénommer ce type de profil. Ce mot a une forte charge idéologique, c’est un anesthésiant. Il permet de relativiser l’horreur des actes des fous furieux et d’habituer les français à l’ultra-violence, comme si elle était inévitable, normal.  Mais ce soir, ce n’est pas le caractère déséquilibré de cet homme qui a frappé Maxime, c’est le mal à l’état pur. Ce soir, Maxime a fait la rencontre d’un homme-bête, d’un homme-démon qui n’avait aucune limite. La France républicaine, déspirtualisée, qui a rejeté son héritage chrétien, ne conçoit pas l’existence de Satan, pourtant, il y a des manifestations concrètes du mal, et ce gitan en était une, effrayante.

Initialement, Maxime aurait voulu en découdre avec les poings avec lui, à l’ancienne, entre camarades, mais cet étranger était différent. Il n’avait jamais vu un fou furieux pareil, rien ne l’avait préparé à ça. Lire des faits divers impliquant un «déséquilibré », et en avoir un vrai, en chère et en os, en face de vous, armé et déterminé à vous tuer, c’est autre chose. Maxime avait peur, mais il était toujours en mesure d’analyser la situation. Il a choisi la fuite, c’était une décision rationnelle. Heureusement, son agresseur en flip-flop était trop lent dans ses mouvements pour le rattraper et le planter. Maxime prend la direction du parc Font en Colombe, il a un ami qui habite derrière le parc rue du Mazet. Dans sa course, il casse son téléphone. Le possédé le poursuivait désormais en voiture, mais il ne pouvait pas emprunter le passage qu’il avait pris sans avoir à effectuer un grand détour. Il entend ses cris au loin : « je vais t’éventrer, je te jure que je vais t’éventrer fils de pute ! Et j’enculerai ton cadavre ensuite ! ».

 

 

 

 

Maxime arrive sain et sauf en sueur chez son ami, il est littéralement trempé, son cœur bat à 100 à l’heure. Il a tapé le sprint de sa vie. Il a beau négliger son cardio, la nature fait bien les choses. Quand la mort est à nos trousses, notre instinct de survie trouve en nous des ressources insoupçonnées. Immédiatement, Il appelle la police, il explique la situation à une standardiste qui semblait complètement blasée. Il lui faut un certain temps avant de prendre au sérieux la situation. Maxime se décide finalement à rejoindre son véhicule une heure après son appel, quand il eut confirmation que la police se trouvait déjà sur les lieux.

Sur place, il voit sa copine accompagnée de quatre gendarmes. Près d’eux, une voiture, ou plutôt une épave. Il ne l’avait pas reconnu, c’était sa voiture. « Ma bagnole est complètement détruite ! Merde !» Détruite, le mot est faible. Le Gitan sous ecstasy avait pulvérisé sa BM. Le pare-brise était en miettes, tous les pneus étaient crevés, mais plus surprenant, le forcené sous l’emprise de stupéfiants avait sauté comme un fou sur l’habitacle, il était complètement défoncé. Ce mec en tong-short avait détruit la voiture de Maxime au mépris de sa propre intégrité physique. Et s’il avait vu ma copine, que lui aurait-il fait ? Ses interrogations restaient en suspens…Il repense aux dernières menaces du gitan de violer son cadavre, il eut un frisson dans le dos.

L’un des quatre gendarmes, un grand gars balèze interrompt ses rêveries : «  Qu’est-ce que votre véhicule fait là à minuit ! Répondez ! Vous avez bu ou quoi ?! » Maxime hallucine, le gendarme ne lui parle pas comme une victime, mais l’invective comme un suspect. Il le prend pour un fêtard de retour de beuverie qui aurait crashé sa bagnole, alors qu’en fait il rentrait du boulot. Quelle impolitesse se dit-il, mais il n’était déjà plus à une humiliation près, le coupable devait être interpellé, qu’importe si les fonctionnaires manquaient de politesse.

Maxime obéit et souffle dans éthylomètre électronique. Il rappelle ensuite le contexte de son agression aux gendarmes avec une grande clarté. Il donne un portrait extrêmement détaillé de son agresseur, de sa BMW noire, à sa corpulence, en passant par son regard halluciné, ou à son short de foot. Maxime est un fin observateur.

Après la fin de l’interrogatoire façon NKVD, les gendarmes composent un numéro et commencent une conversation avec un certain Louka* : « Dis-moi Louka, ça serait pas toi qui aurait endommagé une BMW série 3 de couleur grise sur La Croix d’Argent par hasard ? » Maxime entend alors au combiné des intonations ultra-agressives, des hurlements. Il en est certain, il reconnaît bien là ce timbre très désagréable, hyper nerveux. Son  agresseur était au bout du fil. Ce Louka rejetait en bloc les soupçons qui pesaient sur lui, tout en insultant copieusement les gendarmes.

Les fonctionnaires avaient vu juste, ils avaient parfaitement identifié le chauffard. Louka était un habitué des accrochages de ce type, ils le connaissent bien lui et sa famille. Avec le temps, les FO ont développé une sorte de relation privilégiée avec les délinquants. Bien souvent, ils les ont vu grandir. Du collège où ils étaient interpellés pour de petits larcins chez des commerçants, au vol de machines-outils sur les chantiers quand ils étaient en âge de suivre les plus grands. Cette relation de proximité, les gendarmes l’ont développé à contre cœur. Quand ils ont pris leurs fonctions à la brigade, ils n’aspiraient qu’à une seule chose, nettoyer Montpellier de toute la pègre, faire appliquer la loi de façon implacable mais juste, un peu comme leur hero Franck Castle. Ils aspiraient à ramener l’ordre dans ce département où la violence et les trafiques explosaient dans l’impunité la plus totale.

Mais le temps passa, et ils se rendirent vite compte que l’application des peines dépendait principalement de l’interprétation de la loi par le procureur. L’idéologie victimaire très marquée à gauche des magistrats rendait nul tout leur travail d’investigation et d’interpellation. Puis vint la lassitude, et l’acceptation de l’état de fait. Les anciens, expérimentés qui ont pris du grade, et qui ont su assimiler les codes républicains, appellent cette machine juridico-judiciaire le « réalisme républicain », ou encore le « cadre judiciaire différencié éthique »  qui s’oppose à l’«idéalisme fasciste » des jeunes recrues.

Une fois encore, Ils n’iront pas  chercher Louka pour cet « incident ». D’autant plus que les gitans jouissent d’un statut particulier à Montpellier. Ce privilège remonte aux années 80 quand le socialiste Georges Fresh était maire. Les montpellierains étaient alors exaspérés par les bagarres incessantes, parfois très violentes entre familles de gens du voyage, qui dégénéraient parfois en agression de promeneurs, sans parler des déchets, du bruit, des interruptions de courant suite à des raccordements sauvages au réseau électrique public. Le deal entre eux et la mairie socialiste était simple, on vous donne une parcelle de terrain, des permis de construire,  et vous y faites ce que voulez, mais vous vous faites oublier. Le marché était conclu, la vision pragmatique, arrangeante, mais courtermiste des socialistes avait temporairement apaisé les tensions entre riverains et nomades. Des décennies plus tard, le pacte tacite perdure, et les gitans sont rarement inquiétés par les autorités. Certains sont parfois convoqués devant la justice, mais une défense sommaire « j’ai déconné, j’était pas dans mon état normal » suffit généralement pour attendrir le procureur de la République. Les peines quand elles tombaient étaient minimes et effectuées à moitié.

 

 

 

 

L’interrogatoire téléphonique avec Louka se poursuit. Il remarque que le gendarme était nettement plus poli tout du long. Au bout de cinq minutes, il raccroche. : « Notre suspect dément formellement être l’auteur » .

« Qu’est-ce que ça veut dire ? » demande Maxime

«  Ça veut dire qu’on le convoquera plus tard pour l’interroger, mais je serais vous, j’essaierais d’oublier cette histoire, de passer à autre chose. On n’a pas suffisamment de preuves matérielles, et puis il n’y a pas mort d’homme, on a des dossiers plus graves en cours ».

«  Comment ça il n’y a pas mort d’homme ! ». Cette fois, s’en était trop, Maxime craque, il crie sur le fonctionnaire : « mais il a clairement formulé son intention de m’éventrer avec un couteau de boucher, ça ne vous suffit pas ! »

Les gendarmes restent muets. Les plus jeunes sont gênés, ceux qui ont plus de bouteille restent impassibles. Maxime n’en revenait pas, il avait fait face à un criminel qui avait :

  1. Commis de multiples infractions au code de la route
  2. Mis en danger sa vie en menaçant de l’éventrer avec une arme blanche
  3. Le tout  sous l’emprise de drogue dure
  4. Détruit son véhicule

Mais ils attendent quoi au juste pour l’arrêter ? Qu’il se fasse planter ? Qu’il meure ?

Ce fut une grande désillusion pour Maxime. Toute sa vie, il avait cru que l’Etat avait le monopole de la violence légitime, qu’il serait là pour s’interposer entre lui et la barbarie, que ses représentants serait là pour le défendre.

En fait non.

Maxime se sentait humilié. Humilié et abandonné. Il avait fui, en pensant que de toutes les façons, justice serait faite. Il s’imaginait que les forces de l’ordre localiseraient son agresseur, et qu’il serait emprisonné. On parlait d’un individu armé, avec la ferme intention de tuer, et sous drogue quand même.

Il n’en fut rien. Louka ne sera pas inquiété. Maxime avait perdu à tous les niveaux. Sa voiture, son outil de travail, nécessitait  plus de 5000 euros de frais de réparation, et l’assureur ne paierait rien car aucun procès-verbal, aucun jugement en sa faveur n’avait été donné.

Surtout, il se sentait désormais en insécurité permanente. Et s’il se retrouvait de nouveau nez à nez avec ce forcené ? La qualité de son sommeil s’était dégradée, sa vie était perturbée. Le vieux Roger avait raison, la France était devenue comme un pays du tiers monde, mais en pire, car les individus hyper-violents n’y rencontrent plus aucune résistance pour déployer leur sauvagerie.

En revanche, si un franchouillard de classe moyenne, sans antécédent judiciaire, solvable, qui n’a passé aucun deal avec la municipalité avait eu la même conduite sous drogue, il aurait pris 10 ans de prison accompagnés d’une forte amande à quatre zéros, au moins. L’Etat ne respecte tes droits que dans la mesure où tu es intégré à une minorité ” opprimée “, et plus ta communauté a un potentiel de nuisance élevé, plus on te respecte. Maxime ne pose d’ennui à personne, si ce n’est au facteur avec sa boîte aux lettres bourré à ras bord. Il est un citoyen honnête, avec un casier vierge, qui paie ses impôts, dès lors, il ne compte pas.

Il ruminera cette histoire pendant deux mois, mais progressivement, l’amertume laissait place à de la determination. La prochaine fois qu’il aura affaire à ce fou furieux armé sous drogue, il ne reculera pas. Puisque l’Etat refuse de le protéger, il assurera lui-même sa protection.

En France, les formations au tir de combat sont interdites aux civils, elles sont strictement réservées aux forces de l’ordre ou aux anciens militaires/FO. Stratégie logique pour les autorités, le pire scénario serait que les français, la France “old school” comme dirait Onfray, répliquent en nombre aux agressions. Les conséquences juridiques et médiatiques seraient très délicates à gérer, surtout depuis la crise des gilets jaunes.

Maxime est inscrit depuis deux ans à un club FFT affilié à une armurerie. L’inscription lui coûte 200 euros / an, mais là-bas, il ne peut rien faire. Interdiction de porter son arme dans un étui, chargeurs limités à cinq munitions, interdiction de faire du tir rapide (cette règle est officieuse, mais un voisin du pas de tir a vite fait de vous dénoncer), interdiction  de changer  son mag rapidement en le faisant tomber par terre, etc, etc.. et on ne parle pas du tir dynamique formellement interdit.

Plus globalement, l’attitude vis-à-vis des armes est irrationnelle, comme si une arme déchargée et vérifiée pouvait tirer une munition comme par magie. Comme si les armes à feu avaient leur autonomie propre, alors que ce ne sont que des outils. Plus important, l’état d’esprit du tireur est sujet à l’inquisition. Le crime d’arrière pensé d’envisager le tir comme un acte de défense et non comme un sport  est sanctionné par un renvoi immédiat. En résulte une atmosphère de suspicion et de paranoïa permanente, un sorte d’obscurantisme religieux. Il n’y a aucune transmission de connaissance ou de débats techniques ou tactiques.

Mais à Varsovie, une formation au tir de combat était ouverte aux civils, encadrée par de grands professionnels, et elle ne s’embarrassait pas des milles et une précautions et convenances françaises.

 

 

 

 

Maxime s’est rendu à Varsovie pour participer au stage des 14 et 15 Mars en plein crise du Corona. Hors de question pour lui d’annuler son voyage pour une grippe.

Là-bas, l’ambiance était plus décontractée que ce qu’il s’imaginait. Grégory, l’organisateur faisait sans cesse des blagues lourdes, il proposait aux stagiaire de rencontrer des copines à lui. Il semblait très porté sur la chose féminine, ça le faisait rigoler.

Dans le range en revanche, ça ne rigolait pas. Tous les ordres et actions obéissaient à des procédures rigoureuses. L’enseignement n’était bridé par aucun prisme idéologique, par aucun taboos. On enseignait aux stagiaires des procédures simples, directs et efficaces pour neutraliser un individu dangereux.

Dès l’introduction théorique, les objectifs étaient clairement définis. Ce séminaire a pour but d’initier les stagiaires au tir de défense, et secondairement d’aborder quelques techniques utilisables en tir sportif de vitesse et de précision. L’instructeur se montre autoritaire. Il exige que les stagiaires rentrent dans son système. Il n’ affirmait nullement que seul son système était valable, mais durant ces deux jours, ils devront assimiler et utiliser ses procédures à lui.

La  vérification des armes commence, et déjà Maxime commet des erreurs. En France, aucun instructeur ne lui avait fait remarquer sa mauvaise technique de prise de la glissière, qui lui fait orienter son canon de travers. D’autre part, sa prise est mauvaise, ses mains enveloppent trop peu le Glock et son doigt est placé trop proche du groupe détente.

 

 

Le séminaire débute par un apprentissage à sec. Pour beaucoup de tireurs FFT non-initiés, il est inutile de travailler sans munition, mais Maxime va vite en saisir l’intérêt. L’essentiel de l’entrainement à sec consiste à travailler l’enchaînement  position repos (arme dans l’étui) – compress ready position – acquisition de la cible –  tir.

Afin de contrôler les stagiaires, l’instructeur se positionne face à eux. A leur grand étonnement, lorsque ce dernier se trouve dans l’axe du canon d’un stagiaire, il lui demande de ne pas en dévier la direction lorsqu’il  appuie sur la queue de détente. Maxime imagine déjà les ultra-orthodoxes de la FFT crier au scandale.

Bien enchaîner de façon fluide la sortie de l’arme de l’étui, puis former un bon grip au niveau de la poitrine, pour enfin obtenir une bonne présentation peut sembler être une formalité au premier abord. Cela parait simple, mais cela demande beaucoup de travail. Maxime formait son grip en catastrophe et sa présentation était mauvaise. Il fut repris sur une dizaine de détails : main gauche non préparée qui ne vient pas réceptionner l’arme, position des pieds façon Donald Duck, buste penché en arrière, tête inclinée de côté vers les organes de visée alors que c’est l’arme qui doit venir au niveau des yeux, etc, etc..la liste était longue. Mais à force de répétitions, il perfectionna sa présentation. Maxime a bien noté toutes les recommandations de l’instructeur et il les travaillera à la maison à sec. 

Les munitions sont ramenées dans le stand. Controlled paired, double-tap, mozambique, technique de réaction immédiate (avec deux approches : une orientée combat et une sportive qui diffèrent), dégagement au corps-à-corps, tir en déplacement de face, en arrière, transversal, 9-hole, Maxime enchaîne les drills. A chacun de ses passages, l’instructeur l’analyse et lui notifie ses erreurs. Maxime a aussi demandé à Grégory de l’enregistrer avec sa caméra stabilisée et son objectif grand angle pour pouvoir ensuite s’analyser de retour en France (ce service est gracieusement offert à qui le demande).

Vint l’exercice de contre-attaque au sol. Cet exercice a une dimension tactique. Il ne consiste pas exactement à contre-attaquer au sol suite à une chute malencontreuse. Non, ici la chute est volontaire. Le tireur se met volontairement dans une position qui lui offre des avantages face à un individu armé d’un couteau.

Grégory, qui filme toujours, observe Maxime depuis tout à l’heure, et remarque qu’il se comporte de façon trop scolaire. Il lui demande de regarder plus loin que ce que demande l’instructeur, de ne pas ressortir l’exercice comme une chorégraphie. Il veut que Maxime se projette en situation, quitte à ce que ses gestes soient moins propres, comme s’il répondait à une menace réelle. Il ne veut pas le voir essayer d’émuler ses idoles de youtube. Il n’est pas venu pour ça. 

Pour cet exercice, Maxime se conditionne donc mentalement. Il prend de profondes inspirations abdominales. Ça y est, il n’est plus à Varsovie, il est sur le terre-plein de Montpellier, près du Super U. Le gitan est là, à seulement sept mètres de lui, salivant de haine. Il amorce une course dans sa direction, son poing fermement serré sur le manche de son couteau à lame courbée. La drogue exacerbe la nature nerveuse du gitan, mais ses mouvements sont ralentis par ses tongs. Cette faiblesse sera exploitée par Maxime.

A cette courte distance, le couteau a un avantage certain sur le pistolet. Avoir de bons réflexes n’est pas suffisant pour regagner l’initiative. Il lui faut une tactique. Maxime sort immédiatement son arme de son étui,  il fléchit les jambes, et bascule volontairement en arrière vers le sol. Il tombe sur les fesse, roule le dos, et maintient la tête en avant pour qu’elle ne vienne pas taper le béton. Ses deux pieds sont solidement ancrés au sol,  il tient son pistolet entre les jambes. Maxime, pratique la lutte, il aime amener son adversaire travailler au sol. Il se sent à l’aise dans cette position.

 

Une fois au sol, l’avantage du couteau face au pistolet est en partie neutralisé au détriment d’une relative perte de mobilité. L’assaillant au couteau ne peut pas atteindre sa cible sans se mettre lui-même au sol. L’avantage de l’arme blanche à courte distance est en partie neutralisé même si la menace reste élevée.

 

Louka a perdu l’initiative. Durant toute la durée de son attaque, il ne cessa de hurler. Cette débauche de menaces et de cris suffisaient généralement à faire fuir ou à déstabiliser ses adversaires. En fait, dans son parcours de voyou, il n’a jamais rencontré de véritable résistance, que ce soit avec la police qui voulait éviter les ennuis avec sa communauté, ou avec les civils terrorisés par sa sauvagerie. C’est pourquoi il n’a jamais réfléchi à ses attaques, et qu’il  n’a jamais eu de réflexion tactique. Il se contentait de se laisser submerger par ses émotions et la haine, la violence explosait tout naturellement chez lui. Ses assauts ont toujours obéi à une logique de brutalité et d’effet surprise. 

A l’opposé, Maxime a réfléchi sa contre-attaque. Et ses cris ne l’impressionnent pas. Certes en matière de sauvagerie et d’embrouilles de rue, Louka lui était supérieur, mais pas sur le plan de la préparation et du contrôle de soi. Au sol, avec de bons appuis, Maxime aligne ses organes de visée sur le torse du sauvage qui n’est plus qu’à trois mètres de lui. Il tire trois balles, deux pénètrent le torse de Louka. Il est stoppé net dans son élan, il crie, mais il ne tombe pas. Il continue de le regarder avec son regard vide, un rictus de haine déforme son visage. « Je vais te tuer ! » gueule-t-il. La drogue et l’adrénaline agissent de concert comme de puissants anesthésiants, il semble ne pas ressentir la douleur. Sa fin est proche, au moins connaîtrait-il une mort honorable.

 

 

Maxime se relève sur un genou tout en maintenant ses deux mains toujours sur son pistolet. Il vise soigneusement la tête du voyou, le seul moyen d’être certain de le neutraliser. La balle pénètre la tête du forcené sous son œil gauche. Louka s’effondre subitement sur le sol, comme si quelqu’un avait appuyé sur le bouton off. Les bruits, les hurlements, tout s’arrête, rideau. Maxime l’a abattu en situation de légitime défense. Le jugement et le verdict ont eu lieu sur le parking d’un super U et non à la cour d’assise. Ce n’était qu’une simulation évidemment, mais au cours de ces deux jours, Maxime a infiniment plus appris à Varsovie qu’en deux ans de tir aseptisé en stand FFT. A l’origine une simple démarche d’autodéfense, le séminaire pistolet Hussard a réveillé en lui la passion pour cette discipline dont il ignorait tout. En fait, tir de combat et le tir statique avec pistolet et chargeurs sur la table sont deux activités complètements différentes. Les procédures, les tactiques d’engagement, et l’état d’esprit n’ont rien à voir. Prochaine étape ? Le VCQB ou tir depuis un véhicule. Il s’agit d’un stage privé limité aux seuls stagiaires qui ont validé le séminaire pistolet. Ce stage semble tout à fait désigné pour lui.

 

 

 *Louka : prénom fictif en vue de préserver l’anonymat du suspect. Nous l’avons sélectionné parmi la liste des prénoms gitans les plus populaires en France selon Femme Actuelle au 26 mai 2016.