1979 (Partie I)

Avant-propos

 

Le texte suivant est une uchronie, une réécriture historique d’événements qui se sont déroulés à la fin des années 70. Ce texte n’est pas une incitation à la haiiiine.

Quand Valéry Giscard d’Estaing est mort le 2 décembre dernier, je me suis penché sur la période de son mandat présidentiel de 1974 à 1981. Pas tellement sur la personne de VGE, mais plutôt sur le grand tournant libéral marqué par un basculement historique en matière migratoire : la France passait alors d’une immigration de travail à une immigration de peuplement.

Que se passerait-il si une agence de renseignement française fictive du nom de « la Racine », concurrente de la direction de la Surveillance du territoire (DST) avait anticipé les bouleversements culturels de 1968, puis mis en place un plan d’action pour empêcher le déversement de millions d’étrangers extra-européens en France ?

Dans l’imaginaire collectif, l’Etat profond a une charge très négative. Il désigne une hiérarchie parallèle, secrète, parfois concurrente de la structure étatique traditionnelle. Un Etat au sein même de l’Etat. Il possède son propre agenda : se maintenir et défendre les intérêts d’une oligarchie cosmopolite plutôt que les intérêts de ses concitoyens. Les moyens que déploie l’Etat profond pour atteindre ses objectifs sont souvent très discutables, tant sur le plan du droit que de la morale. 

En écoutent les entretiens de la chaine youtube Thinker View, je me suis aperçu que tous les anciens agents du renseignement ou agents sous traitants français interviewés partageaient le même socle idéologique « social démocrate » (pour faire court). Je me suis appuyé sur ces entretiens pour donner à la DST un caractère contemporain. J’ai volontairement choisi de forcer le trait de ces agents pour faire ressortir le prêt-à-penser des médias et de la classe politique de ces quatre dernières décennies dont mai 68 fut la matrice.

A l’opposé j’ai imaginé l’AGC, alias “la Racine”, une agence concurrente, plus autonome, qui redonnerait ses lettres de noblesse à l’Etat profond français. Un bureau imperméable à l’air du temps, déterminé à défendre la raison de l’Etat, et par dessus tout la France, par tous les moyens. Quitte à trainer dans la boue des icônes progressistes des années 70, et à faire tomber brutalement des hauts dignitaires de la Vème république. 

Le texte qui suit  n’est que synopsie, un résumé de cette uchronie. Il n’y a donc pas d’effet de style, pas de développement des idées et des personnages. Je trouve l’idée vraiment excellente mais je ne suis pas un écrivain et je n’ai pas les qualités requises pour en faire un roman, mais je serais heureux de collaborer avec une belle plume se cachant parmi mes lecteurs pour en faire un livre. On pourrait même imaginé un projet collaboratif de plusieurs personnes. Si l’idée vous plaît, n’hésitez pas à m’écrire sur le formulaire du site.

 

 

 

 

24 novembre 1978

 

Sous la pression d’associations et d’organisations syndicales encadrées par le GISTI (Groupe d’information et de soutien des immigrés initié par de jeunes énarques et juristes à tendance trotskiste), le conseil d’Etat annule toutes les circulaires consacrées à la restriction du regroupement familial et au programme de remigration (aide au retour).

Le modèle d’action juridique du GITSI était avant-gardiste. Traditionnellement, le droit était perçu par les mouvements d’extrême gauche comme un outil de la classe bourgeoise, et par conséquent, il fallait combattre le droit. Le GITSI opéra un renversement. Désormais, il s’agissait de s’approprier le droit comme arme de subversion. La tactique du GITSI consistait à instrumentaliser le droit, à le tordre, à le plier, à l’interpréter afin qu’il soit en phase avec leur idéologie droit de l’hommiste. Dans la pratique, la tactique était celle de la contre-expertise systématique, méticuleuse, dans les moindres détails, de toutes les décisions et arrêtés ministériels qui allaient à l’encontre leur idéologie. L’exactitude juridique et lexicale, la disputation des textes primait sur l’esprit de la loi.

Le Conseil d’Etat (CE), séduit par cette conception originale du droit (qui préfigurait le futur Etat de droit français), était tout acquit à la cause noble et humaniste du GITSI. Deux semaines plus tard, le 9 décembre 1978, le CE consacre un nouveau principe général de droit, celui de « mener une vie familiale normale ». Le CE s’appuyait sur l’alinéa 10 du Préambule de la Constitution de 1946 pour faire plier le gouvernement Raymond Barre. Cet arrêt du Conseil d’État fera jurisprudence en matière d’immigration et sera le premier d’une longue série dérèglementant l’immigration. Il sera l’acte fondateur de la transformation de l’immigration de travail en immigration de colonisation1. Pour la premières fois dans l’Histoire de France, le droit soumettait le politique. Sous couvert d’humanisme, des juges interprétaient subjectivement la loi au mépris de la lettre et de l’esprit de la loi, faisant ainsi passer des intérêts particuliers et étrangers avant ceux du peuple français. La duplicité du général de Gaulles, puis son abandon stratégique de l’Algérie française pour éviter un déversement massif de populations algériennes sur le sol français étaient réduits à néant2.

Cette décision de justice était incompréhensible. La France comptait alors 1.366.000 chômeurs en octobre 1978, en augmentation de 20% depuis le 1er janvier. Il s’agissait d’un gigantesque appel d’air à l’invasion migratoire des pays d’Afrique du nord. En interprétant le droit sur des bases idéologiques droit de l’hommiste, une poignée de haut fonctionnaires étaient sur le point de changer à jamais l’identité de la France.

D’après la projection vectorielle ab1437/7 3, cette décision du CE allait changer la société française en profondeur. Le regroupement familial en provenance des anciennes colonies françaises allait faire exploser la criminalité pour les décennies à venir. Les razzias de postes d’autoradio des années 80 laisseraient place à un gigantesque traffic de stupéfiants maillant tout le territoire.

Finalement, ce bouleversement démographique (la natalité des nouveaux arrivants étant largement supérieure à celle des autochtones) et donc civilisationnel déboucherait sur de terribles attaques islamistes frappant dans un premier temps quelques individus, puis des centaines (projection ab1233/4). D’autres algorithmes de projection jugés « aberrants », « pas sérieux » par les journalistes de gauche et par le CE, avançaient l’émergence d’enclaves indépendantes, de sortes de zones de non-droit où la police n’aurait plus accès. Des colonies au cœur même de la république française (projection TR3587/6).

 

 

 


La Courneuve (93), en haut : Des enfants vont à l’école accompagnés de leur mère. En arrière plan, quelques pavillons et un immeuble de la cité des 4000. Des ruelles propres et verdoyantes.

En bas, projection de la cité des 4000 en 2020 (projection TR3584/3 – Les projections sur des durées de plus de 40 ans sont approximatives et de faible qualité) Nous apercevons ce qui semble être un bus brulé sans aucune raison autre qu’un besoin primitif de destruction. 


 

 

La Racine, une agence de renseignement controversée

 

 

L’agence de contrôle nationale (AGC), une organisation hybride composée de civils et de militaires, observait de très prêt les intrigues de la CFDT, de la CGT, du GITSI et du Conseil d’Etat.

L’autre nom de cette agence qui fut révélé au public suite aux tragiques événements de 1979 est celui de la “Racine”, en référence à l’organe sous-terrain qui assure la survie et le développement de l’arbre. D’autres sources émettent l’hypothèse que l’AGC voulait faire référence au grand dramaturge symbole du style français : Jean Racine, mais nous ne pouvons l’affirmer avec certitude.

Officiellement, l’AGC était chargée d’informer le pouvoir sur l’état de l’opinion publique. L’agence pouvait modéliser des projections d’une incroyable précision. Ainsi, elle fut parmi les seuls à prédire une mise en ballottage du général de Gaulle lors de l’élection présidentielle française de 1965. Elle était aussi en charge du renseignement d’origine électromagnétique et de la sécurité des systèmes d’information.  

Officieusement, sa mission était plus ambiguë. Sous de Gaulle, elle était largement utilisée comme service de surveillance contre-insurrectionnel. A partir de 1969 elle se mua en organisation indépendante s’émancipant largement de la direction général de la police nationale (DGPN) suite à un décret passé en force par le vieille homme avant sa démission. A la vue des sordides événements auxquelles l’AGC sera mêlée la décennie à venir, nous ne pouvons que nous interroger sur le bien fondé de ce décret et sur la bienveillance de l’homme du 18 juin.

Dès son détachement de la DGPN, la mission de surveillance de la Racine prit un virage controversé au sein de la communauté du renseignement français. La SDCE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage) et la DST (Direction de la Surveillance du territoire) l’accusaient de s’ingérer dans la société civile. On soupçonnait la Racine de chercher à influence des hommes politiques mais aussi les industriels, banquiers, médias, et même des groupuscules radicaux qui jouaient ou seraient amené à jouer des rôles majeurs en France.

La Racine de son côté  suspectait les agents du renseignements de la DST d’être sous influence de « l’air du temps ». De vouloir coller à tout prix à l’idéologie cosmopolite et libertaire du moment qui avait contaminé les classes dirigeantes. La DST était en effet fascinée par les modes et courants de pensées de l’époque. Ses agents étaient de fervents défenseurs d’une l’Europe supranationale et fédéraliste. S’ils avaient de la sympathie pour les trotskistes (le vrai communisme selon eux, à ne pas confondre avec le stalinisme) et de la tendresse pour les jeunes maoïstes insouciants, ils se méfiaient des mouvances fascistes d’extrême droite et leur étroite surveillance absorbait l’essentiel de leurs ressources.

Les hommes de la DST étaient pourtant intelligents, dévoués, mais avec de telles œillères idéologiques, ils ne pouvaient plus porter un regard lucide et non partisan sur les mutations qui agitaient la France de la fin des années 60. D’autres part, Les agents de la DST semblaient vouloir soigner leur réputation « républicaine » plus que tout. Le ton inutilement solennel qu’ils prenaient quand ils s’affirmaient « républicain » avant d’être français, faisait beaucoup rire les agents de la Racine lors des réunions interservices. Il était très important pour les agents de la surveillance du territoire de coller aux modes et diktats idéologiques de l’époque afin d’assurer leur reconversion dans le secteur privé ou de lancer leur propre agence de renseignement.

Ce manque de clairvoyance pénalisait logiquement la DST au niveau opérationnel. Elle privilégiait les coups tactiques, les gains immédiats de faible qualité, plutôt que d’élaborer une stratégie pour sauvegarder les intérêts français sur le long terme (« intérêt de la République » dans le jargon de la DST). Ainsi, les locutions « civilisation européenne », « racines chrétiennes » ou « invasion migratoire » étaient pour la DST autant de théories d’extrême-droite qui n’avaient plus lieu d’être mais dont il fallait surveiller la propagation. L’Histoire par sa nature même n’était qu’un vernis culturel pour briller en société. Son étude n’avait pas d’utilité pratique.

La DST se flattait d’avoir noué des liens de confiance avec des voyous de premier ordre et des mouvements anti-nationaux, D’être proche du peuple et des jeunes. Elle ne se projetait jamais plus loin qu’un seul mandat présidentiel car la direction était intégralement renouvelée tous les sept ans. En fait, La DST n’avait pas de vision stratégique et se contentait de colmater les brèches sans jamais remettre en question ses dogmes idéologiques qu’elle avait adopté plus par opportunisme que par réelle conviction.

La Racine, quant à elle, pressentait le danger des grands bouleversements sociétaux issus des manifestations estudiantines de 1968, et ce, dès le début des années 60. Cette révolution initiée par de jeunes gauchistes libertaires, souvent issus de la bourgeoisie, avait échoué, mais leurs idées avaient conquis les milieux universitaires puis les médias. Leur idéologie individualiste et libertaire qui cassait la structure familiale française répondait aux problématiques des milieux d’affaire en quête de nouveaux marchés. Ce n’était qu’un question de temps avant que ces idées subversives arrivent au pouvoir.

 

 

 


29 mai 1968 Manifestation commune travailleurs/étudiants organisée par la CGT.

La DST consacrait la quasi intégralité de ses ressources à surveiller les groupuscule d’extrême droite, et secondairement le parti communiste. La Racine, quant à elle, avait très tôt choisi d’infiltrer en priorité les groupes maoïstes encore protéiformes et destructurés.

Note : Cette photo est sujette à caution. Si elle a été effectivement prise en mai 68, elle est susceptible d’avoir été modifiée par des militants maoïstes souhaitant se dédouaner de “L’incident du Palais Royal” qui surviendra 11 ans plus tard.


 

Contrairement à la DST qui planifiait son action sur le temps court, sur de brèves séquences médiatiques, la branche « diplomatique » (cette appellation est sujet à caution) de la Racine était constituée d’hommes imprégnés de l’Histoire de France. Elle prenait ses décisions sur la base d’événements historiques passés et échafaudait sa stratégie sur le temps long sans perdre de vue l’essentiel de sa mission : protéger les intérêts de la France.

Cela dit, elle refusait de céder à la force, à l’intimidation (information douteuse, référence nécessaire), ou à la corruption (référence nécessaire) pour convaincre ses interlocuteurs. Elle rencontrait régulièrement sous couverture les membres du gouvernement Barre, les organes de presse et les dirigeants de l’ORTF. Elle tenait aussi à ne jamais rompre le dialogue avec ses adversaires idéologiques comme Sartre. Les désaccords étaient parfois profonds avec les P.-D.G. de l’industrie, tout particulièrement avec les acteurs du bâtiment et la construction automobile. Les agents de l’AGC leur conseillaient de ne pas céder aux intérêts courtermistes, de ne pas privilégier les gains immédiats à une croissance lente mais durable. Un déversement massif de populations venues d’Afrique de nord, souvent illettrées et sous-éduquées, aux mœurs très différentes du peuple français, risquerait de nuire à l’intégration des immigrés légaux et de changer le peuple français à jamais. La Racine (tout du moins sa branche diplomatique) étaient convaincue que seul le dialogue permettait de nouer des accords durables. Elle pensait que la raison et l’intérêt du groupe l’emporterait sur les ambitions personnelles.

Elle se trompait.

 

 

 

Trahison / Action

 

 

La voie diplomatiques fonctionna dans un premier temps. Le président VGE en dépit de sa communication exubérante à l’américaine, de son européisme suspect et de son début de mandat catastrophique (légalisation de l’IVG entre autres) était un homme raisonnable. En 1977, il mena une politique rigoureuse pour stopper l’immigration et faire diminuer la population étrangère résidant en France. Il mis en place une aide au retour volontaire des immigrés et pesa de tout son poids pour durcir l’obtention des titres de séjour.

Dans les coulisses, députés (principalement de gauche), juristes, journalistes, milieux d’affaires critiquaient cette politique restrictive. La « France rance » du général devait être dépassée. « Les hommes sont tous faits du même argile, qu’importe leurs origines », « On ne l’arrêtera pas, c’est un phénomène mondial » disaient-ils comme un mantra. Pour eux, les projections de submersion migratoire, de partition du territoire que leur avait fait parvenir la Racine, étaient de la science-fiction apocalyptique, dans la droite ligné du Camp des Sainte de Jean Raspail sortie quelques années plus tôt. Au contraire, si la France voulait accroitre son PIB, conserver son rang, elle devait s’ouvrir au monde, attirer vers elles toutes les ressources humaines possibles.

Puis vint la date dramatique du 24 novembre 1978. Le Conseil d’Etat avait franchi le rubicon en annulant les sept circulaires restreignant le regroupement familial sur la demande du GITSI. Le conseil d’Etat s’érigeait en véritable censeur politique. La trahison historique des juristes était actée.

 

 


La France a été construite par des siècles de guerres et de nombreux sacrifices


 

Les batailles de France se suivent mais ne se ressemblent pas :

  • 1415, bataille d’Azincourt. 6000 chevaliers français tombaient criblés par les flèches anglaises. Ils seront achevés à terre dans le bourbier. 70% de la noblesse française périt en une seule journée.
  • 1812, bataille de la Moscowa. 30 000 soldats de la Grande Armée, gelés par le froid, sont brisés en morceau par la boîte à mitraille russe. 
  • 1916, bataille de Verdun. Après 10 mois d’atroces souffrances, 362 000 soldats français trouvaient la mort dans la boue, écrasés par les obus, intoxiqués par les gazs allemands.
  • 1978, bataille du GISTI. 230 juges, depuis le confort des bancs feutrés du Palais-Royale, cèdent par humanisme aux revendications revendications d’associations droit-de-l’hommistes leurs offrent les clefs d’entrée de la maison France, sans combat, sans qu’une seule goute de sang ne soit versée.
    La submersion démographique du pays ne sera désormais plus qu’une question de décennies.

Au fil de son investigation, la Racine comprit que de grandes puissances transnationales, s’appuyant sur des ressources financières sans limite et un appui sans faille des médias (le nouveau clergé) étaient à l’origine de cette déréglementation des flux des personnes. Contrairement à ce que les médias et les gauchistes voulaient faire croire, Il ne s’agissait pas d’un phénomène naturel, inévitable.

Les arguments de nature démographique et sécuritaire de la Racine ne pesaient pas lourd face à ces puissants groupes financiers. Leurs capacités de propagande et de corruptions était trop puissantes. La Racine, à côté, avait un budget très limité, une puissance de frappe médiatique et diplomatique dérisoire, mais elle avait l’épée.

Son pari était le suivant : Il est inutile de se disperser sur plusieurs fronts, de dilapider ses réserves dans de vaines tentatives d’influencer des acteurs de second plan. Même le président de la république VGE avait échoué. De toute façon, la Racine n’en avait plus les moyens. Il est contre-productif de combattre l’ennemie sur le champ médiatique et juridique, sur son terrain de prédilection exclusivement (il ne s’agissait pas non plus de l’abandonner). La Racine devait frapper fort à un endroit précis avec ses armes à elle. Là où on ne l’attendait pas, au cœur même d’une grande institution de la Vème république qu’on pensait intouchable. Pour se faire. Les outils seraient inhabituels, non-conventionnels même. L’effet de sidération serait tel sur l’opinion publique, qu’il déboucherait sur une grave crise politique. C’est à ce moment là que la Racine et ses soutiens (l’AGC n’était pas isolée sur la scène internationale) en profiterait pour mener une action de pacification des troubles qu’elle aurait elle-même initiés. Représentant l’ordre, elle rassurerait les milieux d’affaire. Ainsi, elle pourrait mener à bien sa politique de rémigration et annuler toutes les décisions du conseil d’Etat.

Pour mener à bien cette opération, la racine activa son service Action.

La direction des opérations de la SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage) avait interdiction formelle de lancer des opérations Homo (homicide) et Arma (sabotage, destruction d’infrastructure) sur le territoire français, qui plus est sur des ressortissants français (principe de “fraternité républicaine”).

L’AGC, en dépit de l’indignation et des plaintes à répétition de la DST et de la SDCE désobéissait à cette règle.

La Racine défendait sa politique de ciblage délibérée des citoyens français en s’appuyant sur la déclaration des droits de l’homme, texte au sommet de la hiérarchie des normes chez les républicains. Les barbouzeries de la SDCE à l’encontre d’étrangers au Maghreb, ou en Afrique saharienne étaient de notoriété commune. On pense notamment à Félix Moumié, militant nationaliste camerounais assassiné à Genève et aux nombreuses opérations homos menées en Algérie. Tous les hommes naissant libres et égaux en droit, les citoyens français n’étaient supérieurs en rien à quiconque, ils ne devaient bénéficier d’aucune immunité. Français ou somalien, haut fonctionnaires ou simple ouvrier,  blanc ou noir, si tout cela n’avait plus d’importance du point de vue de l’universalisme républicain, les citoyens français  ne pouvaient pas bénéficier de passe-droit. Logique universaliste implacable.

Et le châtiment des traitres qui utilisent les institutions de la République à des fins idéologiques mettant en péril l’intégrité de la nation est pour tous le même : la Mort.

De très grands héros de le 1er guerre comme Joseph Darmand ont ont été fusillés à la libération pour haute-trahison. Si leurs crimes furent ponctuels dans le temps, sans conséquence transgénérationnelle (hormis pour leurs victimes directes bien sûr), le crime des juges lui frapperaient des générations entières de français. En important massivement des immigrés issus de civilisations extra-européennes, les juges s’attaquaient à l’essence même de la France. Et ce n’était surement pas le nouveau statut de héro humaniste au rabais de ces haut fonctionnaires qui allait les gracier. Aucune privilège moral, aucune décoration, aucune louange dans les médias ne les soustrairaient au jugement de la Racine. L’arbre France devait survivre quitte à devoir couper quelques vielles branches.

 

 

 

 

Le recrutement de la cellule Action de la Racine était lui aussi controversé. L’AGC n’avait pas hésité à blanchir et recruté certains des éléments les plus redoutables du commando Delta de l’OAS car ils avaient une expérience inestimable de l’action clandestine. Seules comptaient les compétences techniques, l’expérience du terrain, mais surtout la détermination à combattre les ennemies de la France. En dépit de leurs actions controversées, les historiens reconnaissent que contrairement à la DST, la Racine avait une réelle colonne vertébrale. Ses agents étaient mus par de véritables convictions sincères, que ni la corruption ni l’adversité ne pouvaient ébranler.

Sur le plan plan opérationnel, l’AGC avaient 5 ans à 10 ans d’avance sur son époque. Elle expérimentait de nouvelles méthodes d’infiltration de longues durées et des techniques de déstabilisation très novatrices, savant mélange d’attaques médiatiques ciblées et d’attaques sous faux drapeau. Jusque-là, aucun autre service, pas même le Mossad israélien ou le KGB soviétique (sauf en terme de projection sur la durée, les russes restaient imbattables avec ses agents dormant sur 15/20 ans) n’avait  déployé une telle ingénierie pour infiltrer et épouser l’idéologie des groupuscules extrémistes. Jamais une agence n’avait entrainé ces derniers, ne les avait conditionné, poussé à donner le meilleur d’eux même, et projeter au cœur même des lignes ennemies pour les frapper en profondeur, et ce, sans jamais perdre le contrôle.

Enfin, et il faut le signaler, aucune agence n’avait jamais outrepassé autant de règles de droit pour accomplir sa mission.

1979 , l’année ou un pan entier de l’intelligentsia française qui avait trahi le sacrifice de ses aïeux fut fauché en plein vol ;

L’année où la génération 68 pourtant si prometteuse fut neutralisée avec une rare ignominie (campagne de diffamation, révélations d’abus sexuels sur mineurs, scandale des cimetières à fœtus) ;

L’année où le Conseil d’Etat fut exécuté à l’arme automatique en pleine assemblé générale ;

L’année où l’Etat de Droit français en gestation fut brutalement interrompue par la volonté implacable de la Racine.

 

1. Abdelmalek Sayad, directeur de recherche au CNRS « L’immigration ou Les paradoxes de l’altérité »

2. De Gaulle et le problème algérien en 1958, Guy Pervillé, p17 : «« Eh bien oui, il y avait longtemps que je croyais qu’un jour ou l’autre l’Algérie deviendrait indépendante, sans que je sache comment cela se ferait ». Sans avoir de plan rigoureusement préétabli, il était déjà convaincu que de réaliser l’assimilation ou l’intégration des algériens musulmans dans la nation française, et celle de maintenir sa domination par la force sur un autre peuple au temps de la décolonisation, ne laissaient d’autre voie que l’acheminement vers l’indépendance par une procédure d’autodétermination».

3. Modélisation obtenue par le prototype du super ordinateur vectoriel multiprocesseur soviétique M13. La Racine interceptait régulièrement ces projections modélisées par le Kremlin dans son centre scientifique de Novossibirsk. Il est très probable que la finesse et l’exactitude des prédictions de la Racine découlait de sa capacité à dérober des informations sensibles aux autres services étrangers et non de ses propres capacités de calcule en fin de compte assez limitée.